Décès de Roland Delmaire (1941-2021)

Né à Mametz dans le Pas-de-Calais, la carrière universitaire de Roland Delmaire s’est entièrement déroulée à l’Université́ de Lille 3 entre 1973 et 2006. À l’occasion de son départ en retraite, ses collègues et ami(e)s lui avaient rendu hommage : la Revue du Nord. Archéologie de la Picardie et du Nord de la France 89 (273) datée de 2007, après avoir retracé sa carrière, publiait deux bibliographies relatives à ses travaux sur les finances et la numismatique (p. 13-17) ainsi que des contributions scientifiques. Une troisième bibliographie relative à l’administration de l’Empire tardif et à l’Antiquité́ tardive fut elle publiée, avec d’autres contributions, dans les Cahiers Glotz XVII (2006). Amené́ à la numismatique par les fouilles de Thérouanne, R. Delmaire avait été́ élu membre correspondant de la SFN en juin 1976, parrainé par H. Huvelin et X. Loriot, puis titularisé en 1985, parrainé alors par M. Christol et D. Nony (rapport de M. Dhénin). D’une bibliographie numismatique ample, on retiendra le Corpus des trésors monétaires antiques de la France II. Nord-Pas-de-Calais publié en 1983 ainsi que les volumes VIII.1 et VIII.2 consacrés à la Picardie (1993, 1995, le second en collaboration avec H. Huvelin et X. Loriot). R. Delmaire avait été́ un des membres fondateurs de l’équipe Trésors monétaires antiques de la France, avec D. Nony, H. Huvelin ou X. Loriot et je l’avais invité en 1994 à rejoindre le comité de lecture de Trésors Monétaires, série publiée par la Bibliothèque nationale de France. Il ne s’intéressait du reste pas qu’aux trésors et toute monnaie, quel que soit son métal, découverte dans ce que l’on appelle de nos jours les Hauts-de-France, était publiée dans la Chronique numismatique de la Revue du Nord, qu’il créa en 1981 et dont il assuma longtemps la responsabilité́ (avec d’autres, D. Gricourt en particulier) (Chronique I à XXV). Ces quelques mots disent mal l’ampleur de l’œuvre de R. Delmaire, en histoire et archéologie régionale (il est l’auteur de la Carte archéologique du Pas-de-Calais en 1994 et celle du Nord a été́ publiée sous sa direction en 1996). Il s’en était détourné́ à sa retraite pour se consacrer à̀ l’histoire du droit romain tardif et il n’aura pas en le plaisir de voir la publication du livre I du Code théodosien, sur laquelle il travaillait depuis des années.

Michel Amandry

Décès d’Hubert Zehnacker (1933-2021)

In memoriam

© Dominique Biasi

Terminant son deuxième rapport moral en qualité de président sortant de la SFN, H. Zehnacker, en mars 2003, eut ces mots : « Si j’ai accepté [de présider les séances de la SFN], ce fut… surtout parce que je me suis souvenu que mon maître, Jacques Heurgon, a été président de la SFN de 1961 à 1963, et que je souhaitais trouver une occasion de lui rendre hommage. Mieux que personne, Jacques Heurgon m’a appris, par son enseignement et son exemple, que toutes les disciplines philologiques et historiques, y compris celles qu’on appelle les sciences auxiliaires, sont interdépendantes, et qu’il faut en maîtriser le plus grand nombre possible pour avoir une vision complète du devenir humain ».

Et c’est du reste sous la présidence de J. Heurgon qu’il avait été élu membre de la SFN, le 8 avril 1961, parrainé par J. Lafaurie et J. Heurgon. Il était donc l’un de nos plus anciens membres. Titularisé sur rapport de J.-P. Callu en mars 1985, il entra au Conseil d’Administration de la SFN en mars 1999, en devint le président pour deux années en 2001. Élu membre d’honneur en 2005, il avait souhaité, en 2017, libérer une place qu’il jugeait qu’il ne méritait plus.

Hubert Zehnacker était né à Strasbourg le 25 mars 1933 ; après des études brillantes qui le vit intégrer l’École Normale Supérieure en 1953, il revint dans sa ville natale en 1960 pour gravir tous les échelons universitaires à ce qui était alors la Faculté des Lettres de l’Université de Strasbourg. Professeur des Universités, il fut appelé à succéder à Pierre Grimal à la Sorbonne en 1983. Professeur émérite en 2005, un livre d’hommages lui fut offert en 2006 (Aere Perennivs. Hommage à Hubert Zehnacker sous la direction de J. Champeaux et M. Chassignet, PUPS) qui réunissait cinquante contributions reflétant la double vocation de H. Zehnacker : numismate et historien de la littérature, savant éditeur de Pline, qui avait fait siens les préceptes de son maître J. Heurgon. Dans cet ouvrage, j’avais eu l’honneur de rendre hommage à son œuvre numismatique.

De celle-ci (dont on trouvera la liste dans Aere Perennivs, p. 15-20), on retiendra évidemment Moneta (1973), un livre volumineux qui a pu malheureusement sembler daté très vite car l’année suivante parut le Roman Republican Coinage de M. Crawford. Mais si on veut bien considérer que Moneta n’est pas un traité complet du monnayage de la République romaine, ses apports sont encore aujourd’hui primordiaux. Éminent spécialiste de la littérature latine, l’édition du livre XXXIII de Pline est venue en prolongement naturel de ses travaux numismatiques, puisqu’aux paragraphes 42 à 47 figure un survol rapide de l’histoire de la monnaie romaine.

Hubert Zehnacker laissera l’image d’un homme d’une très grande culture et tous ceux qui ont suivi son enseignement, qui l’ont côtoyé, auront apprécié sa rigueur courtoise, son aménité souriante, sa modestie, sa discrétion.

Michel Amandry

Décès de Jean Duplessy (1929-2020)

Nous avons appris le décès, le 25 novembre, de Jean Duplessy, né le 18 juin 1929. Il était Ingénieur de recherches honoraire au CNRS et avait été attaché au Cabinet des médailles depuis la fin des années 1950 (je n’ai pas la date précise) et jusqu’en 1994, où, le 9 avril, à l’occasion de son départ en retraite une journée d’hommage avait été organisée en son honneur par la SFN. Les actes de cette journée qui figurent dans le BSFN comprennent une précieuse bibliographie de ses travaux jusqu’à cette date (176 notices). En effet, président d’honneur de la SENA, il avait été très actif à la SFN également comme en témoignent de nombreuses publications dans le BSFN et la RN et il avait siégé au bureau de la SFN de 1982 à 1989.

Il avait soutenu en 1958 un diplôme de l’EPHE qui portait sur une édition du roman de Jehan de Lanson qu’il avait publiée en 2004 aux éditions du Léopard d’or, bien connues des numismates[1]. Il s’agit d’un roman de 6204 vers datable du premier tiers xiiie s. et ce travail illustre un aspect des recherches de Jean Duplessy moins connu que ses travaux numismatiques.

Dans cette discipline, il avait été disciple et auditeur des conférences de Jean Lafaurie, à partir d’une date qui se situe après l’année 1952-1953 où il n’apparaît pas encore parmi ses auditeurs et au plus tard en 1955-1956 où, comme le précise le compte-rendu publié dans l’annuaire 1956, p. 55 : « M. Duplessy a été chargé d’établir le relevé des mentions de monnaies arabes dans les textes médiévaux ». Jean Duplessy en a tiré son premier article[2], un article qui est demeuré pendant plus de cinquante ans une référence dans ce domaine de recherche et a valu d’emblée à Jean Duplessy une solide notoriété et des contacts internationaux avec des collègues britanniques comme John Brand, Nick Mayhew ou Michael Metcalf avec lequel il a publié en 1962 le trésor de Samos, dans la Revue belge de numismatique. Il convient à ce propos de rappeler combien Jean Duplessy était attaché aux liens qu’il avait noués et cultivés avec la Belgique. Il avait également participé à plusieurs Congrès internationaux et contribué au Survey of Numismatic research.

La lecture du volume suivant de l’Annuaire de l’EPHE pour les conférences de Jean Lafaurie de 1957-1958 inaugure un autre chapitre des travaux dans lesquels il s’est illustré : « M. Jean Duplessy, élève diplômé, …collabore à un répertoire des enfouissements de monnaies médiévales et modernes … ». C’est seulement en 1985 et 1995 qu’ont été publiés les deux volumes issus de ce projet : Les trésors médiévaux et modernes découverts en France, I 751-1224, II 1224-1385, (prix Duchalais de l’AIBL). Pour la période suivante, à partir de 1385, le Cabinet des Médailles conserve le « Fichier Duplessy » des notices correspondant aux trésors postérieurs.

Jean Duplessy est en effet connu du plus large public des numismates par des livres qui sont des ouvrages de référence de la numismatique française : Les monnaies françaises royales,2 volumes 1989, (2e édition en 1999) et Les monnaies françaises féodales,2 volumes parus en 2004 et 2010, laissant toutefois le programme de publication inachevé. C’est assez logiquement à des points permettant de préciser et d’affiner les classements proposés dans ses ouvrages que Jean Duplessy a consacré ses dernières publications dans notre bulletin, encore nombreuses (une quinzaine) dans les années 1995-2005 et plus isolées ensuite jusqu’en 2006 et 2011, et il lui arrivait de défendre ses positions sur un tour parfois polémique. Ceux qui l’ont approché garderont le souvenir de sa haute stature qui sous un abord parfois abrupt permettait de découvrir un caractère affable et passionné par notre discipline et les belles découvertes qu’elle permet. On me permettra de reprendre pour conclure en l’appliquant au paradis des numismates, l’explicit du roman de Jehan de Lanson :

Explicit li rommans Jehan de Lanson

… qu’en paradis soies devant Dieu coroné

Et moi avecques vos que n’i soie obliez. Marc Bompaire


[1] Jehan de Lançon, chanson de geste du XIIIe siècle, publiée par Jean Duplessy, Paris, Le Léopard d’Or, 2004, 251 p.

[2] J. Duplessy, « La circulation des monnaies arabes en Europe occidentale du viiie au xiiie siècles », RN 1956, p. 101-163.

Décès de Jean-Louis Ferrary (1948-2020)

Jean-Louis Ferrary, né à Orléans le 5 mai 1948, s’est éteint le 9 août 2020, à l’hôpital Cochin (Paris) des suites d’une longue maladie qu’il a affrontée avec un grand courage. Spécialiste de l’histoire de Rome, Jean-Louis Ferrary était un savant hors normes, respecté et admiré bien au-delà des frontières de la France. C’était aussi un grand ami de la numismatique et de notre Société. Bien qu’il n’ait pas été numismate lui-même, il avait appris de Louis Robert, qui le tenait en haute estime, l’importance des monnaies comme sources de l’histoire ancienne. L’enseignement d’un autre de ses maîtres, Claude Nicolet, n’était pas non plus étranger à son intérêt pour la numismatique. Dans les diverses fonctions qu’il a occupées, Jean-Louis Ferrary a toujours apporté un soutien indéfectible à notre discipline, en particulier à l’École Pratique des Hautes Études, tout d’abord en faisant conférer à Michel Amandry, ancien président de notre Société et directeur honoraire du Cabinet des Médailles, une charge de conférence dépendant de sa propre direction d’études, puis une charge de directeur d’études cumulant. À son départ en retraite, Jean-Louis Ferrary a fait en sorte que sa direction d’étude, intitulée « Histoire des institutions et des idées politiques du monde romain », devienne une chaire d’« Histoire monétaire du monde romain », aujourd’hui occupée par notre sociétaire et Conseiller Antony Hostein. Au sein de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, enfin, où il fut élu en 2005 et qu’il présida en 2018, Jean-Louis Ferrary a constamment œuvré en faveur des projets de recherche en numismatique (tel le Roman Provincial Coinage), en les recommandant pour des prix ou en leur faisant attribuer des financements (il s’employa ainsi à faire obtenir en 2012 le prix Jeanine et Roland Plottel à S. Estiot et M. Amandry pour leur travail mené dans le cadre de l’ANR MONetA). Lors de la cérémonie qui s’est déroulée en son honneur au Père Lachaise le 1er septembre dernier, son ami Michael H. Crawford, l’auteur du Roman Republican Coinage, a tenu à lui rendre un hommage appuyé. C’est une énorme perte pour la communauté des antiquisants, et pour notre Société également.

A. Suspène

Pour des informations plus détaillées sur la carrière et l’œuvre de Jean-Louis Ferrary : https://www.ephe.psl.eu/actualites/hommage-a-jean-louis-ferrary

Décès de Bernard Rémy (1942-2020)

Né en 1942, Bernard Rémy a suivi des études d’Histoire à la faculté de Lyon et obtenu l’agrégation d’Histoire en 1966. Il a ensuite soutenu un doctorat de troisième cycle sous la direction de Marcel Le Glay en 1971, avant d’être l’élève d’Hans-Georg Pflaum et de Paul-Marie Duval dans leurs séminaires de l’École Pratique des Hautes Études, de 1972 à 1976. C’est en 1984 qu’il a présenté son doctorat d’État, réalisé sous la direction d’André Chastagnol.

Sa carrière universitaire l’a mené de Saint-Étienne (1968-1987) à Chambéry (1989-1993) puis Grenoble (1993-2007). Il a donc toujours consacré une grande partie de son temps à l’enseignement, à l’exception des années 1987 à 1989, où il a été détaché comme directeur des études pour l’Antiquité à l’Institut français d’Études anatoliennes d’Istanbul.

Chercheur infatigable, Bernard Rémy s’est intéressé à des domaines aussi variés que les institutions et l’administration romaines (ainsi ses livres sur le gouvernement des provinces d’Anatolie), la société (avec des ouvrages sur les femmes ou les “vieux” en Gaule romaine), les figures du pouvoir (biographies d’Antonin le Pieux et de Dioclétien), l’épigraphie (plusieurs volumes des Inscriptions latines de Narbonnaise et des Inscriptions latines d’Aquitaine), et bien entendu la numismatique.

Il avait rejoint notre Société en février 1973, parrainé par son maître H.-G. Pflaum et H. Huvelin. De 1976 à 2013, il a donné 28 communications ou correspondances au BSFN et contribué à la RN par des comptes rendus d’ouvrages. Les problèmes de circulation monétaire étaient au cœur de ses préoccupations : outre des publications comme Les monnaies romaines découvertes à Rodumna (Roanne, Loire). Essai de circulation monétaire (Lyon, 1985) ou Les monnaies de fouilles du sanctuaire de Viuz-Faverges (Haute-Savoie) (Annecy, 1997), il avait profité de son séjour à Istanbul pour organiser les premières Journées Numismatiques Anatoliennes dont le thème était la publication des monnaies de fouilles. C’est également durant ce séjour qu’est né son projet de corpora d’ateliers du nord de l’Anatolie. Sont ainsi parus Sébastopolis du Pont (Istanbul, 1998), Comana du Pont (Milan, 1999) et Zéla (Bordeaux, 2009), tous trois volumes co-écrits avec M. Amandry, et avec J. Dalaison pour le dernier. B. Rémy avait une force d’entraînement et d’autres études d’ateliers provinciaux de cette partie de l’Anatolie ont vu le jour sous la plume de ses collègues ou anciens étudiants : L Bricault, J. Dalaison, F. Delrieux ou F. Wojan.

Tous ses travaux ont largement contribué à l’enrichissement de la recherche et à la connaissance de l’ensemble du monde romain, et B. Rémy nous aurait donné plus encore si la maladie n’avait fini par prendre le dessus. Il repose désormais à Saint-Agrève, en Ardèche, dans le caveau familial.

Michel Amandry, Julie Dalaison et Patrice Faure

Décès de Simon Bendall (1937-2019)

Le monde de la numismatique a perdu à la fois un grand professionnel et un savant. Un intérêt précoce pour l’archéologie et d’abord pour la monnaie romaine, l’amena à travailler  chez Spink comme assistant de Georges Müller, puis pendant vingt ans chez Baldwin’s (1967-1987), deux ans à Los Angeles chez Numismatic Fine Arts (1988-1989). De retour à Londres et d’abord à son compte, il revint chez Spink et prit sa retraite en 2010, libre de se consacrer désormais entièrement à la recherche et à ses publications.

Son contact avec le marché fut ce qui l’orienta vers la numismatique byzantine : son premier article lui fit classer avec clarté l’ingrat monnayage de cuivre de Constant II (NCirc 1967), et il ne cessa pas ensuite de communiquer pièces inédites, ou nouvelles trouvailles entières qui passaient entre ses mains ou qu’il reconstituait à partir de lots épars tel le « Early Fourteenth-Century Hoard of Thessalonican Trachea » (NC 2001). Son insatiable curiosité l’amena peu à peu à défricher le monnayage tardif byzantin dont il devint le meilleur connaisseur : avant 1999 et la parution des deux derniers tomes du DOC, son Michael VIII (1974) et son Late Palaeologan Coinage (1979), illustrés des dessins de Peter Donald servirent longtemps de référence. Il y a deux ans son introduction au monnayage de Trébizonde (2015, 2e éd. 2016) faisait aussi le point sur un champ délaissé depuis longtemps. De même son livret sur les Byzantine weights (1996) constituait aussi un guide bien informé ) et le seul disponible sur ces poids, monétaires ou commerciaux, qui ne connaissaient pas encore la vogue relative d’aujourd’hui.

Ces quelques lignes ne peuvent rendre compte d’une œuvre foisonnante et très dispersée, qui touchait à d’autres domaines que la numismatique ; une nécrologie plus détaillée paraîtra dans la prochaine Revue numismatique. Italo Vecchi et William Veres préparent avec Eleni Lianta, un volume de réimpression de ses articles du  Numismatic Circular et d’autres publications, accompagnés des souvenirs qu’il avait commencé de rédiger mais que la maladie l’empêcha de mener au-delà de 1991. Il avait donné plusieurs articles importants à la Revue numismatique et quelques autres au Bulletin. La SFN avait la première, reconnu ses mérites en l’élisant membre honoraire en 1996, quatorze ans avant la Royal Numismatic Society en 2010.

De nombreux amis britanniques ou étrangers ont assisté le 6 août au service funèbre en l’église St. Stephen à Londres, et entendu les témoignages de ses nièces sur « l’oncle Sim » «awesome, handsome, glamorous, raconteur, charmer, stalwart, youthful, rebel » et celui de Peter Clayton sur « le numismate ». Réunis ensuite selon sa volonté dans le pub des Queen’s Arms à Pimlico où il avait ses habitudes, ils ont pu évoquer les bons souvenirs d’une vie bien remplie et rayonnante. La SFN partage le deuil de sa famille qui est aussi celui de la grande tribu des numismates.

Cécile Morrisson

Décès de Philippe Gysen (1950-2019)

« Philippe Gysen (1950-2019), fin connaisseur du monnayage impérial romain du IIIe siècle de notre ère et particulièrement de l’empereur Probus, son grand favori, est décédé le 4 mai 2019 à la suite d’une longue maladie. Il en avait anticipé l’issue en se séparant de sa belle collection en 2018 par l’intermédiaire de l’expert Paul-Francis Jacquier. Pour ma part, je salue la mémoire d’un homme discret et passionné, qui m’a accompagnée souvent dans mes quêtes documentaires à l’étranger – grandes collections institutionnelles, trésors monétaires inédits vus en vrac – avec, pour seule gratification d’un travail technique et austère, le plaisir de voir passer entre ses mains des centaines de ces monnaies dont il savait apprécier la beauté et peser l’intérêt historique. »

Sylviane Estiot

Décès de Michael Metcalf (1933-2018)

Après Philip Grierson, John Kent, Michael Hendy et Peter Spufford, un autre grand numismate et historien de la monnaie vient de nous quitter, emporté par un accident cardiaque le 25 octobre, quatre mois après le décès de son épouse Dorothy. Il a été enterré à Leyburn dans cette région nord du Yorkshire qu’il aimait et où il s’était retiré après avoir quitté en 1998 la direction du Cabinet d’Oxford, le Heberden Coin Room de l’Ashmolean Museum qu’il assurait depuis 1982. Il y avait été recruté comme conservateur par Humphrey Sutherland en 1963, après avoir dû occuper un poste dans l’administration quatre ans après sa sortie de l’université. Il avait étudié la géographie à Cambridge et y soutint une thèse dirigée par Philip Grierson sur la circulation monétaire dans les Balkans de 820 à 1355, dans une perspective novatrice qui considérait dans leur cadre géographique l’ensemble des monnayages divers qui s’y côtoyaient. Elle fut publiée en 1965, donna lieu à une seconde édition largement augmentée en 1979 qui reste la référence et une nouvelle édition est parue à Athènes en 2016[1]. Son intérêt pour la numismatique remontait à l’enfance, comme il le racontait lui-même en recevant la médaille de la Royal Numismatic Society en 1987[2]. Il avait commencé par une collection de pennies de la Reine Victoria et de ses successeurs et l’édition d’un petit journal numismatique à usage familial dénommé The Curator mais était vite passé à des études plus sérieuses si bien qu’il reçut pour un travail sur le monnayage du nord des Balkans aux xiie et xiiie s. le prix Parkes Weber, réservé on le sait, à des jeunes numismates de moins de 30 ans, il en avait 22 et fut élu fellow de la RNS deux ans après en 1957.

Sa production est si vaste (243 articles et 23 livres)  que je ne peux l’évoquer toute ici : elle touche aussi bien la numismatique byzantine, que celle de l’Orient latin ou de l’Angleterre saxonne (ses trois volumes sur les thrymsas et sceattas font autorité)[3]. Il fut un pionnier de l’usage des histogrammes de trouvailles monétaires pour l’étude de sites ou de régions[4] et de l’application des études de coins à la quantification des émissions byzantines et anglo-saxonne (les deniers d’Offa notamment), objet de vives critiques de Grierson[5] et de Michael Hendy mais l’archéologie lui a depuis donné raison. Il joua un rôle décisif dans la promotion des méthodes d’analyse en lançant à la suite du colloque fondateur de Londres de 1970[6] la grande série des Metallurgy in Numismatics. Dans le volume 2, il avait eu l’élégance de saluer les deux premiers Cahiers Ernest-Babelon comme « a sister-publication to Metallurgy in Numismatics »[7].

Les reconnaissances de son apport scientifique considérable ne lui manquèrent pas : dès 1983 la John Sanford Saltus (Gold) Medal de la British numismatic society, la médaille de la

RNS en 1987, la Huntington medal de l’ANS en 1991. La SFN n’avait pas attendu si longtemps et avait la première couronné son talent et son engagement au service de la cause numismatique en lui décernant le jeton de vermeil dès 1979 et ce en présence de Grierson qui donnait alors une série de cours au Collège de France. Grierson avait pour ainsi dire enterré la hache de guerre puisqu’il ne mentionna pas la controverse sur l’importance des émissions d’Offa dans le Medieval European Coinage en 1986.

 Il avait donné à la Revue numismatique cinq articles entre 1976 et 2006 dont le dernier en date, tribut au livre testament de Jean Lafaurie (et J. Pilet-Lemière) sur les Monnaies du haut Moyen Âge découvertes en France, étudiait à la lumière de cette documentation les schémas de diffusion des monnaies des principaux ateliers[8]. Il avait prononcé plusieurs communications en français à la Société[9] et participé à la Table Ronde de mai 1994 sur les monnayages chypriotes[10]. Chypre était devenue un sujet majeur de sa recherche à partir du tournant du siècle. Il s’y rendait plusieurs mois par an au printemps et avait écrit plusieurs gros volumes sur la numismatique et même la sigillographie de l’île au Moyen Âge[11].

Ce grand savant était particulièrement dévoué dans tous ses engagements : éditeur de la Numismatic Chronicle de 1974 à 1984, président de la RNS de 1985 à 1989, éditeur ou organisateur de nombreuses rencontres scientifiques dont les Oxford symposia on Coinage and Monetary History, mentor attentif de plusieurs étudiants, dont Vasso Penna, prématurément décédée et Eleni Lianta. Ses amis déplorent la disparition d’un collègue dont la science s’alliait à une grande droiture et de hautes qualités morales. La Société s’associe au deuil de ses enfants et à la peine que ressentent ceux qui travaillèrent avec lui et lui succédèrent à l’Ashmolean Museum.

[1] Coinage in the Balkans 820-1355, Thessalonique, 1965; Coinage in South-Eastern Europe 820-1396, Londres, RNS Special Publication, no 11, 1979 ; Coinage in South-Eastern Europe 820-1396 : With a new Introductory Essay, and a Supplementary Bibliography, Athènes, 2016. Ce travail de pionnier fut suivi de nombreuses autres monographies et articles sur le monnayage byzantin : réforme d’Anastase, monnayage de bronze de Thessalonique sous Justinien, folles de Michel II, Théophile et Basile I, classification des staména du xiie s. trouvés en Serbie du Sud, monnayage des ixe et xe siècles, hyperpères d’Alexis Ier etc.

[2] NC 1977, Proceedings, p. xvii-xix.

[3] Thrymsas and Sceattas in the Ashmolean Museum, Londres-Oxford, RNS Special Publication 27A-C, 3 vol. 1993-1994.

[4] The Currency of Byzantine Coins in Syrmia and Slavonia, Hamburger Beiträge sur Numismatik, 12/13, 1958-1959, p. 59-64.

[5] D.M. Metcalf, English monetary history in the time of Offa: a reply, NCirc 1963, p, 165-167; Evidence relating to die-output in  the time of Offa, NCirc 1964, p. 23 ; P. Grierson, Mint output in the time of Offa, NCirc, 71, 1963, p. 114-115 ; Some aspects of the coinage of Offa, NCirc, 71, 1963, p. 223-225 ; Variations in die output, NCirc, 76, 1968, p. 298-299. La polémique rebondit au Congrès international des Études byzantines à Oxford et fut bien relatée dans un article du Times du 16 septembre 1966 qui relate les excuses présentées par Grierson mais aussi le maintien de son scepticisme sur les excès possibles de la quantification.

[6] Methods of chemical and metallurgical investigation of ancient coinages, Londres, RNS Special Publication, no 8, 1970.

[7] Opposite Number, Metallurgy in Numismatics 2, p. 127-128

[8] Une trouvaille de la fin du XIIIe siècle, provenant de Bretagne, RN Ser. 6, 18 (1976) p. 171-185 ;

The gros grand and the gros petit of Hugh IV of Cyprus, RN Ser. 6, vol. 27 (1985) p. 130-175 ; avec Cathy E. King et J.P. Northover, Copper-based alloys of the fifth century. A comparison of Carthage under Vandalic rule, with other mints , RN Ser. 6, vol. 34 (1992) p. 54-76 ; avec J. Belaubre, The early coinage of Bohémond III of Antioch (1149-1201) reconsidered, RN 150 (1995), p. 133-148 ; Monetary circulation in Merovingian Gaul, 561-674. A propos Cahiers Emest Babelon, 8, 162 (2006) p. 337-394.

[9] La traversée de la Manche (VIIIe-IXe siècles), BSFN 34/5, 1979, 511-513

[10] Le monnayage de Pierre II et la prise de Famagouste par les Gênois, BSFN 49/5, 1994, p. 825-830.

The white bezants and deniers of Cyprus (Corpus of Lusignan coinage 1 =Texts and studies of the history of Cyprus 29) ; The silver coinage of Cyprus, 1285-1382 (Corpus of Lusignan Coinage 2 =  Texts and studies 21) ; The gros, sixains, and cartzias of Cyprus : 1382-1489 (Corpus of Lusignan coinage 3 =Texts and studies 35) Nicosie 2000 ; Byzantine Lead Seals from Cyprus (en coll. avec j.-C. Cheynet et A. Pitsillides), Nicosie 2004 (Texts and studies of the history of Cyprus 47); Byzantine Cyprus : 491-1191, Nicosie, 2009 (Texts and studies… 62).

Cécile Morrisson

Décès de Vassiliki (Vasso) Penna (1952-2018)

Vasso Penna, est décédée à Athènes le 17 mai après avoir lutté trois ans contre la maladie qui l’avait frappée brutalement lorsqu’elle donnait le séminaire d’été de Dumbarton Oaks trois ans auparavant. Professeur d’histoire, numismatique et sigillographie byzantines à l’Université du Péloponnèse, elle était diplômée de l’Université Aristote de Thessalonique (1974). Elle avait préparé à Oxford, sous la direction de Michael Metcalf une thèse de doctorat intitulée Byzantine Monetary Affairs during the 8th, 9th, 10th and 11th centuries[1], étude exhaustive du monnayage byzantin et de sa circulation de 717 à 1081, que je me rappelle lui avoir fait soutenir avec Bryan Ward-Perkins dans le bureau de celui-ci, l’usage oxonien excluant le directeur de thèse d’un “jury“ réduit. Entre 1974 et 1998 elle avait travaillé dans les Éphories des Antiquités byzantines (de Macédoine de l’est et Thrace et des Îles de l’Égée du Nord-est), puis au Musée Numismatique d’Athènes, dont elle fut le directeur adjoint (1994-1998). Après son élection à l’Université du Péloponnèse en 2006, elle fut la première titulaire d’une chaire de numismatique et  sigillographie byzantines dans une université grecque.

Chercheur infatigable, elle avait publié plusieurs articles importants sur la numismatique byzantine et médiévale, ainsi que l’introduction bilingue Το Βυζαντινό Νόμισμα/Byzantine Coinage. Medium of Transaction and Manifestation of Imperial Propaganda, (Nicosie 2002). Ses intérêts scientifiques s’étendaient bien au-delà de l’époque byzantine et de la numismatique comme le montrent ses articles sur les sceaux, son manuel sur la monnaie grecque à travers les âges, des “tortues” d’Égine aux “phénix” de Kapodistrias (Athènes 2001).  Responsable de la collection de monnaies de la fondation KIKPE elle fit paraître – avec Yiannis Stoyas – le volume de la SNG Greece 7. The KIKPE Collection of Bronze Coins, Vol. I (Athènes 2012) et elle organisa une série d’expositions : au Musée Bénaki à Athènes sur la monnaie de bronze (2006), à la Fondation Martin Bodmer à Genève sur les Mots et les monnaies (2012), au Musée Pushkin de Moscou sur la représentation de la figure humaine de l’Antiquité à la période moderne (2016), chacune avec son propre catalogue bilingue[2].

Elle avait enseigné dans le cadre du Séminaire des Sciences historiques organisé par l’Institut National de la Recherche scientifique hellénique (depuis 1991), à l’Université du Péloponnèse, au King’s College de Londres (2009-2012) et au Summer Program on Coins and Seals de Dumbarton Oaks (2015). Par son ouverture et sa générosité scientifique et personnelle envers ses étudiants et les jeunes chercheurs elle a formé une nouvelle génération de numismates. Ils déplorent sa disparition. La SFN s’associe à la douleur de son mari Charalambos, de ses filles Daphni et Christina, ainsi que ses petits-enfants.

Cécile Morrisson et Pagona Papadopoulou

[1] Disponible sur https://ora.ox.ac.uk/objects/uuid:02e4cf82-a638-4bd2-a45b-09c17c585dc8 et dont les principales conclusions sont rassemblées dans  « Life in Byzantine Peloponnese: The numismatic evidence (8th-12th c) in Μνήμη Martin Jessop Price (Βιβλιοθηκη της ελληνικης νομισματικης εταιρειας

[2] Xαλκούς ένεκα αλλαγής /Chalkous, for Everyday Dealings. The Unknown World of Bronze Coinage (Athènes 2006); Les mots et les monnaies, de la Grèce ancienne à Byzance (Gand 2012)/ Words and Coins, from Ancient Greece to Byzantium (Gand 2012 et 20142) ; Heads and Tails – Tales and Bodies: Engraving the Human Figure from Antiquity to the Early Modern Period (Gand 2016).

Décès de Jean-Baptiste Giard (1932-2018)

Né à Lille en 1932, J.-B. Giard, après être sorti de l’École des Chartes en 1960, a passé toute sa carrière au département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France (1961-1997).

Il laisse derrière lui une œuvre très importante, essentiellement consacrée au monnayage romain. On ne citera ici que ses trois volumes qui ont fait connaître le fonds de monnaies romaines du Cabinet, d’Auguste à Nerva. Il portait également une attention particulière à la publication de trésors et il créa la série Trésors Monétaires dont il édita les douze premiers volumes (1979-1990). Il fut secrétaire de la Revue Numismatique de 1962 à 1973, puis l’un de ses directeurs de 1974 à 1996. Ses travaux lui ont valu l’obtention du prix Duchalais (1968), du prix Allier de Hauteroche (1983 et 2001) de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et la médaille de la Royal Numismatic Society (1998). Il était chevalier des Palmes académiques (1977).

Michel Amandry

Décès de Peter Spufford (1934-2017)

« Peter Spufford est mort le 18 novembre 2017 à l’âge de 83 ans après avoir mené une riche carrière universitaire d’historien, d’abord à Keele, puis à Cambridge, depuis 1979, à Queens’ College, comme Reader in Economic History puis comme Professor of European History jusqu’en 2001 où il accéda à l’éméritat.

Même s’il était membre de notre Société, c’est surtout sa contribution à l’histoire économique et monétaire du Moyen Âge qu’il convient d’évoquer avec deux ouvrages majeurs : Money and its use in Medieval Europe, en 1988, et Power and Profit: The Merchant in Medieval Europe, en 2002 (qui ont été traduits en 5 langues). Le premier depuis l’Esquisse de Marc Bloch, il avait fondé la place de l’histoire monétaire dans le champ historique en présentant dans le débat sur l’économie médiévale une position monétariste nuancée : si la démographie a été le moteur de la croissance économique médiévale la monnaie, ou plutôt son insuffisance, jouait comme un frein puissant, pour reprendre une image proposée par N.J. Mayhew. Il a en effet particulièrement insisté sur la part des échanges et des paiements qui ne prenaient pas la forme de numéraire, notamment dans son petit essai de 2008 (How Rarely did Medieval Merchants use Coins) et il a ainsi ouvert le champ des recherches sur la circulation des lingots de métal à côté des lettres de change ou de la dette publique des monti italiens puis des villes des Pays-Bas bourguignons.

De ce fait, il déclinait le titre de numismate, non sans un peu de fausse modestie, et il n’a guère écrit dans les revues numismatiques : pas d’articles dans Numismatic Chronicle ni dans la RN, mais plusieurs articles dans le BNJ ou la Revue belge et le JMP témoignent de sa connaissance exceptionnelle des monnayages et de l’histoire monétaire et financière des Pays Bas bourguignons auxquels il avait consacré sa thèse publiée en 1970 (Monetary Problems and Policies in the Burgundian Netherlands).

Ainsi, tout comme Philip Grierson qu’il côtoyait à Cambridge, il n’a jamais reçu le jeton de notre Société. Il en était néanmoins proche et après avoir été membre brièvement dans les années 1970 quand il travaillait à sa thèse, il venait de la rejoindre à nouveau en mai dernier, pour une période, hélas, plus brève encore.

C’est également au mois de mai que j’ai personnellement rencontré Peter Spufford pour la dernière fois lors d’un congrès à Prague où une fois encore il avait assuré de la plus brillante des façons l’introduction et la conclusion du colloque non sans intervenir, de façon pertinente, sur chaque communication ou presque. Il avait alors découvert le premier exemplaire du volume de mélanges qui lui avait été dédié (Money and its Use in Medieval Europe Three Decades On, M. Allen N. Mayhew ed.) et qui était issu d’un colloque tenu en son honneur à Cambridge en 2010. Il a ainsi laissé une forte impression à tous ceux qui l’ont rencontré dans des congrès, colloques ou écoles d’été comme celle d’Estella 1999 où les étudiants présents lui avaient à la fin de la semaña réservé une véritable ovation. C’était en effet un esprit particulièrement attentif et ouvert aux chercheurs débutants comme confirmés et tous garderont l’image de son gilet rouge, de son rire et de son accueil chaleureux. »

Marc Bompaire

Décès de Fernand Arbez (1939-2017)

« Le 4 novembre dernier, notre ami Fernand Arbez participait activement à notre séance mensuelle après avoir partagé un déjeuner amical avec plusieurs d’entre nous. Malgré deux lourdes affections de santé de longue durée (ALD) qui lui valurent de nombreuses hospitalisations depuis une dizaine d’années, il nous était totalement fidèle et tenait à être présent parmi nous, tant à nos séances qu’aux Journées numismatiques, toutes les fois que son état de santé le lui permettait.

Dans la semaine qui suivit cette séance, il dut subir en urgence une intervention chirurgicale imprévue. Malgré le succès de l’opération pratiquée le 11 novembre, il devait décéder d’un arrêt du cœur le 13. Il venait de fêter ses 78 ans le 15 octobre.

Fernand Arbez était un autodidacte qui accomplit à la SNCF une brillante carrière grâce à la qualité de la formation professionnelle qu’il reçut pendant les “Trente Glorieuses”, à l’instar de l’exemple bien connu de Pierre Bérégovoy. Ayant exprimé dès son enfance l’ardent désir de devenir conducteur de train, il entra en apprentissage à la SNCF dès l’âge de 15 ans et, grâce à la formation permanente et à la formation continue, il réussit à réaliser son rêve.

Il était par ailleurs passionné d’histoire et s’intéressa tôt aux monnaies dont il pensait, comme Jean Babelon, qu’elles “racontent l’histoire”. Membre de l’Association des Cheminots numismates, il y rencontra Laurent Schmitt qui l’amena à notre Société ainsi qu’à la SÉNA.

Dès 1988, Fernand Arbez participa aux Journées numismatiques chaque année jusqu’à sa maladie. Il devint membre correspondant de la SFN en 1993, puis membre titulaire en 2001 après plusieurs communications remarquées et deux articles dans la Revue numismatique, dont le premier, en 1996, fit connaître pour la première fois le fonctionnement d’une régie générale des monnaies créée par Colbert. Fernand Arbez en effet avait pris l’habitude de fréquenter quotidiennement les Archives nationales depuis les années 1980. Pendant plus de 25 ans, il y dépouilla la majorité du fonds Z16 de la Cour des Monnaies (plus de 1000 articles) et, novation très importante par rapport à ses prédécesseurs dans les archives, F. de Saulcy et P. Prieur, il y ajouta l’étude de plusieurs milliers d’arrêts du Conseil du Roi (série E) dont il établit un résumé synthétique pour environ 1500 d’entre eux intéressant les monnaies. Il étudia également les papiers des contrôleurs généraux des finances (série G7), les registres des provisions d’offices (série V1), ainsi que d’autres fonds (minutier central, série KK, etc.). Le Cabinet des Médailles a reçu de sa part un CD-Rom concernant les arrêts du Conseil du Roi (plus de 200 pages).

Fernand Arbez laisse un grand nombre de papiers à exploiter malgré ses communications et ses articles qui ont fait connaître de très nombreux documents d’archives inédits. Nombreux sont les numismates qui lui doivent beaucoup, même s’ils ne le citent pas toujours. Pour ma part, sa contribution concerne plus de la moitié de mes communications et articles traitant des monnaies royales françaises.

Homme particulièrement généreux, soucieux de faire partager ses connaissances et ses découvertes, Fernand Arbez était un homme profondément fidèle en amitié : pour lui, notre Société et les SÉNA constituaient une seconde famille. En sa personne, nous perdons un homme de grande qualité et un très grand numismate, issu du rang, et dont nous pouvons être fiers. »

Christian CHARLET

Décès de Luce Gavelle-Sabatier (1921-2017)

«  Nous avons appris avec tristesse le décès de Mme Luce Gavelle-Sabatier survenu le 31 juillet dernier à l’âge de 96 ans. Depuis fin 2002 elle était partiellement paralysée et avait perdu l’usage de la parole suite à un AVC. Le décès prématuré de sa fille, danseuse étoile de l’Opéra de Paris, avait accru sa souffrance.

Luce Gavelle-Sabatier avait été longtemps numismate professionnel, marchande sur les quais en face de l’Institut avec Bernard Davillé, disparu en 2004, pour voisin ; puis rue Drouot à la tête du Cabinet numismatique. Depuis les années 1960, elle était très fidèle à notre Société, participant à vingt-six reprises aux Journées numismatiques, de 1968 à 2002, dont vingt-trois fois jusqu’au décès de son mari, Pierre Gavelle, également numismate, en 1995. Revenue en 2000, elle avait présidé la cinquième séance des Journées à la Monnaie de Paris, en qualité de présidente de la SÉNA qu’elle était devenue en mars, à plus de 78 ans, afin de pouvoir apporter le concours actif de cette société au succès de nos Journées, dans l’esprit que notre regretté président Xavier Loriot définissait ainsi : “Les bonnes sociétés numismatiques ne se concurrencent pas, elles se complètent harmonieusement pour atteindre ensemble le même but par des moyens interactifs”.

La dernière intervention de Luce Gavelle-Sabatier à nos séances mensuelles eut lieu en 2002 pour rendre hommage à l’académicien Raymond Corbin, qui venait de disparaître. Ce grand sculpteur et graveur avait été en effet, en 1947, l’auteur de la médaille d’Adrien Blanchet que notre Société lui avait commandée ; il fut aussi l’auteur des médailles de Jean Babelon, Eugène Meunier, Jean Mazard et Félix de Saulcy entre autres.

Avec la disparition de Luce Gavelle-Sabatier, c’est une page de la numismatique qui se tourne, sur le sourire et la joie de vivre qu’elle savait exprimer en toutes circonstances. »

Christian Charlet

Décès de Robert Anthony Merson (1950-2016)

Tony (R.A.S.) Merson est décédé le 24 décembre 2016 à l’âge de 66 ans. Les membres les plus anciens de la SFN se souviennent de lui comme faisant partie du petit groupe de collectionneurs britanniques qui furent de fidèles participants aux Journées Numismatiques dans les années 1970, 1980 et 1990. Son nom restera également attaché à de nombreux articles dans le BSFN. Tony était comptable de profession, mais collectionneur dans l’âme. Ses collections étaient très variées. Les monnaies françaises médiévales lui tenaient à coeur. Il aimait débusquer les bonnes affaires hors des réseaux habituels, et ses grandes connaissances lui valurent de faire de belles découvertes. Mais il ne s’arrêtait pas là et ses recherches aboutirent régulièrement à des articles bien documentés. Pour n’en citer qu’un seul, sa contribution à la discussion sur les divisionnaires du gros tournois (publié dans The Gros Tournois, Oxford 1997) reste une référence. Son ami Robert Thompson prépare actuellement sa bibliographie.

 

Bibliographie de T. Merson

 MERSON , Robert Anthony (Tony), b. 22 May 1950; d. 24 Dec. 2016; FCA; BNS 1970+, silver membership medal 1998; RNS 1973+, Hon. Fellow 1999; Chairman & Hon. Treasurer, Surrey Postal History Group

 

Note: Tony reported a forthcoming piece on the Le Puy hoard jointly with the late Peter Woodhead, from the papers of Jean Lafaurie, but that has not been located, cf. BNJ 86 (2016), 289. He regularly read Coin News, and might have published therein more than the one letter.                                                                                                               R. H. Thompson

 BNJ = British Numismatic Journal (British Numismatic Society)

BSFN = Bulletin de la Société française de Numismatique

NC = Numismatic Chronicle (Royal Numismatic Society)

NCirc = Numismatic Circular (Spink & Son Ltd)

SCMB = Seaby’s Coin & Medal Bulletin, Seaby Coin & Medal Bulletin (B. A. Seaby Ltd).

1971a Exhibitions: ‘Le Trésor des Pirates’, a series of uniface reproductions…, BNJ 40 (1971), 192.

1972a Exhibitions: ‘Anglo-Gallic…’; ‘Britanny [i.e. Brittany]…’, BNJ 41 (1972), 207.

1974a Exhibitions: ‘French feudal coins attributed to Nicholas Briot’, BNJ 44 (1974), 94.

1974b ‘The Crondall hoard, 1828’, Quarterly Newsletter—Farnham Museum Society, 3 no. 9 (March 1974), 17-20; see also 1977f.

1974c ‘A preliminary note on the Farnham seventeenth-century traders’ tokens’, Quarterly Newsletter—Farnham Museum Society, 3 no. 10 (June 1974), 18-19.

1974d ‘Neatham –a link with Rome: the restoration of the Temple of Divus Augustus’, ibid. 20-21: illus.

1975a Exhibitions: ‘Twelve jettons…’, BNJ 45 (1975), 112.

1975b Exhibitions: ‘Reproduction of a medal struck… France in 1451’, BNJ 45 (1975), 115.

1975c ‘A curious aspect of monetary history: the use of Roman coins in later ages’, SCMB no. 680 (April 1975), 115-17.

1975d ‘Noah’s Ark on coins’, SCMB no. 679 (March 1975), 77-78. See also 1976a.

1975e ‘Un gros de Jean IV de Bretagne’, BSFN 30 no. 9 (Nov. 1975), 837 fig. B, 839-40.

1975f ‘Emissions de liards sous Louis XIV’, BSFN 30 no. 9 (Nov. 1975), 840-41.

1976a ‘More Noah’s Arks on coins’, SCMB no. 690 (Feb. 1976), 45-46. Cf. 1975d.

1976b [A find of clippings in Farnham Park], Farnham Herald, 25 June 1976. [See also 1977d, 1979a].

1976c ‘John Pinkerton’, SCMB no. 699 (Nov. 1976), 421-23.

1976d ‘Local numismatics [of Farnham]’, SCMB no. 700 (Dec. 1976), 470-74: illus.

1977a-b Exhibitions: ‘Two medals, 1. By Paget, 1928; 2. Possibly by P. Metcalfe, 1930’, BNJ 47 (1977), 160.

1977c ‘Two groats of Edward III with altered dies’, BNJ 47 (1977), 159-60.

1977d ‘Farnham, Surrey, England, 1976’, Coin Hoards 3 (1977), 134, no. 346. [See also 1976b, 1979a].

1977e [1625 list of documents in the Bailiffs’ Accounts], Quarterly Newsletter—Farnham & District Museum Society, 4 no. 10 (June 1977), p. 193.

1977f ‘The Crondall hoard—1828’, SCMB no. 705 (May 1977), 173-7; reprinted from 1974b with an appendix.

1977g-h ‘Plus ça change’, SCMB no. 711 (Nov. 1977), 388-90; no. 712 (Dec. 1977), 424-25.

1978a Exhibitions: ‘A medallion of Sir Isaac Newton’, BNJ 48 (1978), 143.

1978b ‘The coinage of France in the Middle Ages’, Newsletter—London Numismatic Club, 6 no. 14 (July 1978), 305-11.

1978c-d ‘”Wellington’s mint”: coinage and the Peninsular War’, SCMB no. 721 (Sep. 1978), 272-74; no. 722 (Oct. 1978), 302-05.

1979a-b ‘A small hoard of clippings from Farnham Park, [and], Alderwasley, Derbys.’, BNJ 49 (1979), 127-28. [See also 1976b, 1977d].

1979c ‘A Tudor brass on the tomb of an auditor…’, BNJ 49 (1979), 140.

1979d Exhibitions: ‘The 25th Anniversary medal of Southampton Numismatic Society’, BNJ 49 (1979), 141.

1979e ‘Farnham, Middle Church Lane: …the coin weight’, Quarterly Newsletter—Farnham & District Museum Society, 5 no. 6 (June 1979), 104-06: illus.

1979f ‘A borough inventory of 1662’, Quarterly Newsletter—Farnham & District Museum Society, 5 no. 7 (Sept. 1979), 136-37.

1979g ‘A vieil heaume d’or of Louis de Maele of Flanders in copper?’, NCirc 87 (1979), 292.

1979h ‘A bronze medal of the London Institution’, NCirc 87 (1979), 500-01.

1979i ‘Louis XVIII 1815R 20 francs’, SCMB no. 733 (Sep. 1979), 293 (Letters to the editor, from the press, etc.).

1980a ‘Material for the study of seventeenth-century Farnham: Harley MS 6166, art. 35, ff. 119-120’, Quarterly Newsletter—Farnham & District Museum Society, 5 no. 11 (Sept. 1980), 8-10: illus.

1980b ‘Here we go round to Mabberley’s “Bush”? : notes on a Farnham seventeenth-century token issuer’, Quarterly Newsletter—Farnham & District Museum Society, 5 no. 11 (Sept. 1980), 229-37.

1982a ‘Excavations at Park Row, Farnham, Surrey: the coin’, Surrey Archaeological Collections, 73 (1982), 112.

1982b ‘Lead tokens: an introduction’, Quarterly Newsletter—Farnham & District Museum Society, 6 no. 7 (Sept. 1982), 151-52.

1983a ‘The history, architecture and archaeology of Johnson’s Corner, Alton: the coins and tokens’, Proceedings of the Hampshire Field Club and Archaeological Society, 39 (1983), frames 50-51; summary, p. 104.

1984a ‘Un monnayage anglo-breton au XIVe siècle?’, BSFN 39 no. 6 (juin 1984: Journées Numismatiques, Le Havre), 508-11: illus.

1986a ‘Quelques monnaies rares de Châteaudun et de Vendôme’, BSFN 41 no. 6 (juin 1986: Journées Numismatiques, Châteaudun), 66-67: illus.

1990a ‘The coins and tokens from Borelli Yard’, in: Excavations at Borelli Yard, Farnham, Surrey, 1985-86, [by] Nicholas Riall & Valerie Shelton-Bunn [Farnham, 1990], pp. 31-34.

1990b-c ‘Dr G. C. Williamson and Guildford’, SCMB no. 851 (June 1990), 137-39; 852 (July/Aug 1990), 165-68.

1992a ‘Le piéfort au Moyen-Age: nouveaux piéforts de deniers tournois de Saint Louis et d’Eudes IV de Bourgogne’, BSFN 47 (Sept. 1992), 393-95.

1997a-b The Gros Tournois: proceedings of the fourteenth Oxford symposium on coinage and monetary history, ed. N. J. Mayhew (Oxford: Ashmolean Museum in association with Royal Numismatic Society and Société française de Numismatique). Partial contents:

-R. A. Merson, ‘The silver mailles of Philip III (1270-1285) and Philip IV (1285-1314) of France’, pp. 399-419;

-R. A. Merson, ‘Gros tournois: a bibliography’, pp. 467-516.

1997c ‘Une monnaie rare retrouvée: le denier à la tête dite “chinonaise” ou anépigraphique (PA 212) à attribuer à Nantes, Xe siècle’, BSFN 52 no. 6 (juin 1997: Journées Numismatiques, Tours), 122-23.

1997d ‘Deux deniers rares ou inédits de Richard I, duc de Normandie (942-996)’ [par] Merson (R. A.), Woodhead (P.), BSFN 52 no. 6 (juin 1997), 123-25: illus.

1997e ‘A propos du tournois d’or à la croix (écu d’or de Saint Louis)’, [par] Bompaire (M.), Merson (R. A.), BSFN 52 no. 6 (juin 1997), 125-27.

1997f ‘Fragment d’une trouvaille de guénars tardifs de Charles VI (1380-1422)’, BSFN 52 no. 6 (juin 1997), 157-59: illus.

1998 ‘Gros tournois et mailles tierces: essai de classification’, BSFN 53 no. 6 (juin 1998: Journées Numismatiques, Laon), 134-39.

1999a ‘Binding question’, Coin News, 36 no. 7 (July 1999), 59 (Letters to the editor).

2001a-b Exhibitions: (1) ‘Medallion dated … 1833’; (2) ‘Royal Mint internal tokens’, BNJ 71 (2001), 213.

2002a-b Reviews: Marc Bompaire and Françoise Dumas, Numismatique Médiévale; Jean-Paul Divo, Numismatique de Murbach, NC 162 (2002), 453-54.

2002c Reviews: Roy S. Hanashiro, Thomas William Kinder & the Japanese Imperial Mint, 1868-1875, NC 162 (2002), 457-60.

2015 The London Mint of Constantius and Constantine, [by] Hubert J. Cloke & Lee Toone (London: Spink, 2015): R. A. Merson collection acknowledged, p. 244.

 

Décès de John Casey (1935-2016)

john-casyJohn Casey (1935-2016) est décédé à Londres à l’âge de 80 ans. Il fut l’un des pionniers d’une numismatique tournée vers l’étude du contexte archéologique, qui inspire aujourd’hui par exemple le Journal d’archéologie numismatique. Il avait commencé par collaborer à des fouilles de sauvetage à Londres alors qu’il était assistant bibliothécaire à l’Institute of Bankers. Il suivit alors quatre ans de cours du soir en vue du diplôme de l’Institute of Archaeology, puis obtint un master de l’Université de Cardiff et fit ensuite toute sa carrière comme Lecturer d’archéologie à l’université de Durham. Il publia avec R. Reece les actes du colloque Coins and the Archaeologist (1974) qui devint vite une sorte de classique en la matière au point de connaître une seconde édition en 1988. Il en avait incorporé la matière dans son excellent manuel Understanding Ancient Coins (1986). Il consacra une grande partie de son activité aux trouvailles romaines des sites britanniques (cf. son édition des études consacrées à The End of Roman Britain, BAR BS 71, 1979, v. c.-r. de M. Amandry, RN 1981, 159-160), et plus tard à des collections de musées turcs révélatrices de la circulation locale comme celles de Sinope  (A Catalogue of the Greek, Roman and Byzantine Coins in Sinop Museum (Turkey) and Related Historical and Numismatic Studies, London, 2010 ; v. c.-r. de M. Amandry, RN 2011, p. 552-555). Il est connu des numismates français surtout sans doute pour son livre méticuleux sur Carausius and Allectus: The British Usurpers (1994), même si sa localisation du troisième atelier de Carausius en Bretagne a été contestée en faveur de Rouen par B. Beaujard et H. Huvelin sur la base des trouvailles continentales (RN 1985 avec réf.). Il avait constitué à des fins pédagogiques une petite collection de monnaies grecques, romaines provinciales et byzantines qui a été mise en vente récemment (2 décembre 2016) par Morton and Eden – dont le catalogue est introduit par une nécrologie due à S. Bendall, son ami depuis plus de quarante ans. Le produit de la vente sera versé selon sa volonté à différentes sociétés savantes dont la Royal et la British Numismatic Society. Sa nécrologie a été publiée dans le Bulletin en ligne de la Society of Antiquaries qui lui consacrera une journée au printemps 2017.

Cécile Morrisson

Décès de Gérard Barré (1944-2016)

Gérard Barré nous a quittés le 8 mars 2016. Né à Rennes en 1944, il s’était établi comme expert numismate à Saint-Malo en 1972, puis à Rennes en 1978. Il devint copropriétaire et codirigeant de la Maison Platt en 1993 jusqu’à sa retraite en 2008. Membre titulaire de l’AINP entre 1983 et 2008, il en était membre correspondant depuis 2010. Au SNENNP, il fut successivement trésorier, vice-président, puis président. Il résidait en Arles depuis 20 ans. Il laissera l’image d’un homme affable et passionné par son métier. À sa veuve et à ses trois enfants, dont Sandrine et Anne-Claire qui sont numismates professionnelles à la Maison Platt, la SFN, dont il était membre correspondant, présente sa plus vive sympathie.

Décès de Jennifer Warren (1931-2016)

Jennifer WarrenJennifer Cargill Thompson, connue des spécialistes de numismatique grecque du monde entier sous son nom de jeune fille, Jennifer A. W. Warren, a disparu à la fin du mois de Janvier dernier à Londres. Descendant de missionnaires anglicans en Nouvelle-Zélande, elle-même fille, épouse et mère de clergymen, elle a passé sa jeunesse en Nouvelle-Zélande, avant de poursuivre des études classiques à Oxford, à partir de 1952. À l’issue de ses études, elle resta en Grande-Bretagne et devint l’assistante de recherche de Stanley Robinson au Department of Coins and Medals du British Museum. Après son mariage avec un professeur de théologie à l’université d’Oxford, elle devint une chercheuse indépendante en numismatique grecque, bénéficiant à plusieurs reprises de contrats à l’Institute of Classical Studies et au British Museum, où elle collabora principalement avec Martin Price, alors conservateur des monnaies grecques.

Spécialiste des monnayages du Péloponnèse, elle est l’auteur de plusieurs travaux remarquables, dont un article remettant en cause avec des arguments indiscutables la datation des monnaies hellénistiques de Mégalopolis par John Dengate. Son étude du difficile et profus monnayage de bronze de Sicyone, publié dans 3 volumes de la Numismatic Chronicle, de 1983 à 1985, et son livre sur le monnayage de bronze du Koinon achaien, publié en 2007, ont fait date et feront longtemps autorité. Depuis les années 1990, elle se passionnait pour le débat sur la chronologie des dernières émissions d’argent du Péloponnèse et avait livré plusieurs articles importants sur le sujet, renforçant l’hypothèse de datation basse de ces séries avancée par Christof Boehringer. La qualité de l’ensemble de ses publications lui avait valu en 2012 un prestigieux Doctorat en lettres de l’université d’Oxford.

De fait, la qualité de la trentaine d’articles et de la monographie publiée en 2007 lui a permis d’exercer une grande influence dans le champ d’étude qu’elle avait choisi, bien que le monde académique ne lui ait jamais donné de poste permanent dans un Musée ou une Université.

Elle laissera le souvenir d’un savant modeste et rigoureux, voire  scrupuleux, doté d’une personnalité enthousiaste, généreuse et attachante. Jennifer Warren entretenait des liens d’amitié avec plusieurs numismates français, notamment Denyse Berend, Hélène Nicolet-Pierre, et moi-même.

 

Principaux travaux de Jennifer Warren :

– The earliest triobols of Megalopolis , ANSMS (1969), 31-40.

– The Autonomous Bronze Coinage of Sikyon, NC (1983), 23-56 ; NC (1984), 1-24 ; NC (1985), 45-66.

– Updating (and Downdating) the Autonomous Bronze Coinage of Sicyon, Studies in Greek Numismatics in Memory of Martin Jessop Price, London, 1998, 347-361.

– Towards a resolution of the Achaian League silver coinage controversy: some observations on methodology, in M. J. Price, A. Burnett, R. Bland ed., Essays in Honour of Robert Carson and Kenneth Jenkins, London, 1993, 88-99.

– After the Boehringer revolution, the ‘new landscape’ in the coinage of the Peloponnese, Topoi 7 (1997), 109-114.

– More on the ‘New Landscape’ in the Late Hellenistic Coinage of the Peloponnese, in M. Amandry, S. Hurter ed, Travaux de Numismatique grecque offerts à Georges Le Rider, London, 1999, 375-393.

– The Silver Coins of Sikyon in Leiden, in S. Hurter, C. Arnold-Biucchi ed, Pour Denyse. Divertissements numismatiques, Berne, 2000, 201-213.

The Bronze Coinage of the Achaian Koinon The currency of a Federal Ideal, Royal Numismatic Society Special Publication 42, London, 2007.

Catherine Grandjean

Décès de Christian Augé, ancien président de la SFN (1943-2016)

Nous avons appris le décès de Monsieur Christian Augé, membre et ancien président de la SFN. La SFN adresse à sa famille et à ses proches ses plus sincères condoléances.

À l’occasion de la séance de rentrée, Michel Amandry, président de la SFN, a prononcé la nécrologie suivante, qui a été suivie par une minute de silence en hommage à M. Augé :

Christian Augé (1943-2016)

Décédé le 19 août dans les Cévennes, Christian Augé a passé une grande partie de sa vie au Proche-Orient, dont il était l’un des meilleurs connaisseurs. Directeur de recherches honoraire au CNRS, où il aura accompli toute sa carrière, il fut l’une des principales chevilles ouvrières du Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae (LIMC) pour lequel il écrivit de très nombreuses notices consacrées aux divinités orientales.

Aimant passionnément la Jordanie, il s’y installa au début des années 2000 pour diriger la Mission archéologique française consacrée au grand sanctuaire du centre de Pétra, le Qasr el-Bint, et il avait continué d’y résider après sa retraite.

Numismate averti, il avait présidé notre Société entre 1999 et 2001, publiant dans le BSFN ou dans la RN des contributions qui avaient toutes trait à la Syrie et la Jordanie. Avec Fr. Duyrat, il avait édité en 2002 les actes d’une table ronde passionnante qui s’était tenue à Damas en novembre 1999, Les monnayages syriens. Quel apport pour l’histoire du Proche-Orient hellénistique et romain ? (Beyrouth, IFAPO 162).

Toujours généreux de son temps, faisant volontiers partager son érudition, Christian laissera l’image d’un érudit ouvert à de nombreuses cultures et d’un homme d’une grande affabilité.

Photo-Christian-Auge - copie