Hélène NICOLET-PIERRE (1930-2026)

Née en 1930 à Marseille dans une famille d’enseignants, Hélène Pierre a été une étudiante particulièrement brillante. Reçue dès sa première présentation à l’ENS Sèvres, à la différence de ses condisciples de la khâgne du lycée Thiers, dont quatre, Claude Nicolet, Georges Ville, Evelyne Patlagean et Paul Veyne firent par la suite les carrières que l’on sait, elle obtint facilement l’agrégation des Lettres en 1953. Après 8 années d’enseignement des lettres classiques dans un lycée général de la banlieue est de Paris, elle passa le diplôme supérieur des bibliothèques et rejoignit la BN, où elle espérait travailler sur des manuscrits grecs. Sa carrière prit alors un tour inattendu : après quatre années bien trop longues à son goût au service des entrées, elle accepta en 1966 la proposition de Georges Le Rider et entra au Cabinet des Médailles, comme conservatrice des monnaies grecques. En 1975, lorsque G. Le Rider devint administrateur général de la BN, elle prit la direction du Cabinet, qu’elle conserva jusqu’à son départ en retraite en 1987.

Elle fut une directrice très efficace, supervisant la transformation de la Salle des Colonnes, avec l’adjonction de la mezzanine, en musée permanent ouvert au public et publiant la SNG des monnaies d’or et d’argent de la collection Jean et Marie Delepierre en 1983. Elle écrivit aussi des articles dans la Revue de la Bibliothèque Nationale, afin de valoriser les collections du Cabinet. Elle eut aussi le mérite de tisser des liens étroits entre le Cabinet et la SfN, publiant régulièrement des articles et des comptes-rendus dans la RN et le BSFN et poussant les conservateurs à suivre son exemple. Sa collaboration avec le Centre Ernest Babelon fut active : elle favorisa les analyses élémentaires de monnaies à Orléans et cosigna plusieurs publications avec Jean-Noël Barrandon sur les monnaies d’Athènes depuis l’époque archaïque, un de ses principaux champs de recherches avec les monnayages insulaires et Péloponnésiens, à côté de belles incursions en Asie mineure et dans l’Empire Perse.

Ses contacts internationaux, avec des collègues du monde entier, se multiplièrent rapidement, facilités par sa grande disponibilité. Au premier rang de ses partenariats scientifiques, il faut citer ceux avec ses amies Mando Oikonomides, directrice du Musée Numismatique d’Athènes avec laquelle elle publia plusieurs trésors du Musée Numismatique, précisant ainsi la chronologie relative du monnayage archaïque d’Égine, et avec Ino Michelidou-Nicolaou, archéologue, épigraphiste et numismate chypriote attachée au département des antiquités de son île natale, bien connue notamment par ses travaux sur Paphos. Le plateau et l’auditoire de la Journée organisée en son honneur dans cette salle par notre Société en 2005 et publié dans la RN 2006, près de 20 ans après son départ du Cabinet, ont bien attesté son rayonnement international et national, avec la venue notamment de ses amies Denyse Berend, Ulla Westermark et de Jennifer Warren, et les interventions de Christof Boehringer, Andrew Burnett, Silvia Hurter, Olivier Picard, Selene Psôma et Ioannis Touratsoglou.

Elle se félicitait d’être partie en retraite loin des contraintes de la BN pour achever le manuel de Numismatique grecque que lui avait commandé Armand Colin et se consacrer à la recherche. De fait, sa retraite fut particulièrement féconde. C’est alors qu’elle publia en 1990 un important article sur le monnayage d’Athènes au IIIe siècle, période la plus compliquée de son histoire monétaire, avec John Kroll, disparu lui aussi cet hiver. Elle écrivit aussi plusieurs articles en collaboration avec Carmen Arnold Biucchi, Spresa Gjongegaj, Michel Amandry, Jean-Noël Barrandon ou moi, sur des sujets divers, touchant notamment à l’épigraphie grecque, au numéraire de l’Empire achéménide et aux débuts de la monnaie frappée.

Son dernier article écrit en collaboration est encore inédit. Il porte sur un trésor de 70 statères archaïques d’Égine trouvé en fouilles en 2015 par une archéologue du service archéologique à Argos, qui m’en avait confié l’étude et la publication, avant de changer d’avis. Hélène avait fait pourtant le voyage depuis Paris pour l’étudier avec moi à Argos en plein hiver, alors que Claude Nicolet était déjà très malade. Je ne désespère pas de le publier un jour, dès lors que ce sera possible.

Philhellène passionnée et excellente helléniste, travaillant sur les monnaies mais aussi sur les inscriptions et les sources issues de la transmission manuscrite avec une constante exigence intellectuelle et un sens aigu de l’observation, Hélène Nicolet-Pierre était une véritable historienne.

Sa rigueur intellectuelle sans faille n’avait d’égal que sa bienveillante attention aux jeunes chercheurs, à l’instar de Louis Robert, dont elle avait suivi avec profit l’enseignement à l’EPHE.

Catherine GRANDJEAN