Décès d’Ermanno Arslan (1940-2026)

Ermanno Arslan né à Vérone le 15 août 1940 était profondément attaché à Milan où il avait fait toutes ses études depuis son enfance jusqu’à l’Université tout en fréquentant aussi à cette date celle de Pavie pour sa thèse sur les thermes romains, leur environnement et leur structure spatiale mais aussi Turin et Padoue où il fut assistant bénévole de la chaire d’archéologie de 1964 à 1969 et participa aux fouilles des sites de Scolacium et Hipponion dans cette Calabre grecque à laquelle il fut toujours attaché et où il travaillait encore un mois avant sa mort.
Après trois ans au Musée romain de Brescia, il fut nommé en 1973 conservateur des collections numismatiques municipales du Musée archéologique de Milan de 1973 à 1975, conservateur et directeur de ces mêmes collections de 1975 à 2003, surintendant du Castello Sforzesco de 1999 à 2005, directeur des collections d’art de Milan de 2003 à sa retraite en 2005
Pendant ces trente années il mit au service de ces grands musées italiens ses compétences d’archéologue et de numismate et se révéla un administrateur exceptionnel soucieux de la valorisation des collections, de leur ouverture à la recherche et au public. Les expositions et rencontres consacrées aux Celtes, aux Ostrogoths, aux Lombards, aux religions antiques du monde méditerranéen, à la christianisation sont un modèle de promotion des résultats de la recherche qui associe clarté et respect de l’érudition. Ses mérites furent reconnus : il entra au conseil du CISAM de Spolète en 1999 et à l’Accademia dei Lincei (correspondant en 2003 , membre en 2017).
Travailleur infatigable, il ne cessa de publier dans les domaines les plus variés et il n’est pas question aujourd’hui de donner les grandes lignes de sa bibliographie. Même incomplète elle compte plus de 500 titres[1]. Soulignons seulement qu’il fut un précurseur dans la mise à disposition gratuite et généreuse des résultats de ses recherches : dès le tournant des années 2000 il mettait en ligne un grand nombre de ses articles sur son site personnel et publiait sur papier et en ligne les bases de données de ses deux objets majeurs le Repertorio des trouvailles monétaires du haut Moyen Âge en Italie (498-1002) et celui des monnaies celtiques[2].
Son rayonnement ne se bornait pas à la péninsule. Ce grand francophone enseigna en France à l’EPHE au séminaire de Venceslas Kruta en 1989/1990 et reçut le jeton de vermeil de la Société en mars1990. La revue Études celtiques, le Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France , la Revue numismatique accueillirent ses articles en français et l’École de Rome dans ses Mélanges et dans des colloques divers d’importantes contributions en italien[3]. Il enseigna aussi au Japon.
Son rayonnement international s’exerça pleinement dans les dix années qu’il consacra à la CIN (alors Commission internationale de Numismatique) du congrès de Londres (1986), de Bruxelles (1992) à celui de Berlin (1997) et j’eus le bonheur de collaborer avec lui, comme conseiller, puis comme présidente, à l’élargissement de la Newsletter en véritable lettre d’information encore distribuée sur papier et expédiée depuis Milan car l’Internet n’était pas encore à la portée de tous. Il mettait ainsi au service de notre communauté toutes les ressources dont il disposait.
***
On ne peut conclure qu’en soulignant la générosité et la simplicité de l’homme que les honneurs n’avaient pas changé, d’où la vive émotion ressentie par tous ceux qui l’ont connu, depuis les vieux amis comme nous et l’archéologue Agnes Bencze amie de longue date et compagne de ses dernières années jusqu’aux jeunes à qui il prodiguait encore ses conseils il y a peu. Mais il ne faut pas oublier deux éléments essentiels que nous évoquerons dans la Revue : sa fidélité à ses origines arméniennes, son attachement à la Terre Sainte et à tous ses habitants.
Sa voix s’est éteinte, sa conversation passionnée, sa curiosité toujours en éveil, sa capacité d’écoute et de partage sur tous les plans nous manquent. Mais puissent ses écrits et l’impulsion donnée à la contribution de la numismatique et de l’archéologie associées comme source de l’histoire continuer de nous inspirer.
Cécile MORRISSON et Bruno CALLEGHER
[1] https://fr.scribd.com/document/250192530/Arslan-Bibliografia-pdf
[2] Repertorio dei ritrovamenti di moneta altomedievale in Italia (489-1002), in Repertorio dei ritrovamenti di moneta altomedievale in Italia (489-1002), Spolète, CISAM, 2005, coll. Testi, Studi, Strumenti, 18, X-182 p.; dernière version: Saggio di Repertorio dei Ritrovamenti di Moneta Altomedievale, Bizantina e Islamica in Italia, con la moneta dei Vandali e dei Visigoti, a cura di E.A. Arslan, mise à jour dans sa version électronique sur https://www.museobiassono.it/app/#/static/CataloghiRepertori, ainsi que https://byzantinefind.units.it/viewer.p/83/5557/object/14500-16191897
La moneta celtica in Italia settentrionale», in P. Piana Agostinetti (éd.), Celti d’Italia. I Celti dell’età di La Tène a sud delle Alpi, Roma, 2017, p. 429-489. Texte disponible sur la page Academia.edu de l’a.: sous 2017 – Arslan, La moneta, Celti d’Italia.
[3] Références sur le Site PERSEE

