Décès de Georges Gautier, ancien président de la SFN (1938-2026)

Né en 1938, Georges Gautier avait connu la guerre enfant ; il en avait gardé quelques séquelles mais surtout des convictions personnelles affirmées.

Passé par la faculté de droit et l’Ecole des Langues orientales, il avait suivi par ailleurs les cours de l’Ecole du Louvre. Il entre au Quai d’Orsay en 1966 et mènera une carrière de diplomate, qui sera couronnée par le poste d’Ambassadeur à Oman et Mascate. Il s’est par ailleurs très tôt tourné vers la numismatique. D’abord vers le monnayage islamique, au gré de ses affectations et séjours dans divers postes du Proche et du Moyen Orient, puis vers le monnayage romain, sous l’influence de Pierre Strauss, alors établi à Paris avant de rejoindre Monnaies et Médailles à Bâle, et surtout du Dr Pierre Bastien, qui présida notre Société entre 1965 et1967. C’est ce dernier qui convaincra Georges de s’intéresser avant tout au monnayage de la Tétrarchie, qui lui paraissait offrir un champ de recherches plus prometteur que celui du Haut Empire.

De fait, il se consacrera entièrement à l’étude approfondie et minutieuse de cette période du monnayage romain à partir de 1979. Il avait rejoint notre Société l’année précédente, parrainé par Hélène Huvelin et Pierre Bastien. Son ascension y sera rapide : membre titulaire en 1984, il entre au Conseil d’Administration, alors présidé par Christian Augé, en 1999, devient vice-Président en 2003 et enfin Président de 2006 à 2009. Il sera élu membre d’honneur en 2013. A l’occasion de son 80e anniversaire en 2018, notre Société avait organisé une séance spéciale en son honneur, pour laquelle certains de ses amis numismates étrangers avaient fait le déplacement des Etats-Unis, de Suède et de Suisse.

Il avait accumulé une documentation considérable au fil de ses postes, mettant volontiers ses contacts au service de ses collègues et amis : ainsi l’un d’entre nous a-t-il profité de son hospitalité (et de celle de Francine, son épouse), pour réunir du matériel pour le projet Roman Provincial Coinage qui, dans les années 1980, en était à ses tout débuts, en examinant à loisir, grâce à Georges, les plateaux du Musée du Bardo, à Tunis, et du Münzkabinett, au Kunsthistorisches Museum de Vienne. La résidence de Georges se transformait ensuite en atelier où du plâtre était coulé dans les centaines d’empreintes en plasticine qui avait été réalisées. Georges lui-même aura réalisé des milliers de plâtres, photographiés par Francine, pour son opus magnum sur les argentei..Il aura visité de très nombreuses collections privées et musées publics (l’un d’entre nous se rappelle avec émotion sa visite avec lui au Musée Correr à Venise qui avait été rendue possible par l’entremise de Giovanni Gorini et, évidemment, leur recueillement place Saint Marc devant la statue en porphyre des Tétrarques ramenée de Constantinople au temps de la quatrième croisade), ce qui lui a permis de réunir une imposante documentation dont il a fait don aux MMA et lui a donné matière à publier plus de 80 articles et ouvrages, essentiellement dans la RN et le BSFN, mais aussi dans les revues suisse, belge, britannique et bavaroise.

Méritent à cet égard une mention particulière la publication, en collaboration avec P. Bastien, du monnayage de l’atelier de Lyon sous la Tétrarchie en 1980, suivie des suppléments I en 1989 avec P. Bastien et M. Amandry et II en 2003 avec M. Amandry et S. Estiot. Un troisième supplément, pour lequel il accumulait des fiches depuis vingt ans, est demeuré, jusque sur son lit d’hôpital, sa préoccupation. En 2021, son imposant ouvrage sur le Monnayage d’argent de la Réforme de Dioclétien, qui constitue désormais la référence absolue en la matière, a été accueilli de façon très louangeuse. Ses derniers articles – écrits en collaboration avec Jay Dharmadhikari et parus en 2023 et 2025 dans la RN – ont été consacrés au monnayage d’or dela Tétrarchie frappé à Alexandrie. Il bouclait ainsi son itinéraire numismatique puisque l’un de ses premiers articles, en 1981, était consacré à deux multiples d’or de la Tétrarchie conservés à Alexandrie.

Au-delà de ses écrits, il accordait une grande importance à la transmission du savoir et c’est avec une fierté non dissimulée qu’il a pu constater que la succession, pour ce qui était de l’étude du monnayage de la Tétrarchie, était bien assurée avec Vincent Drost, Guillaume Malingue et Jay Dharmadhikari, en qui il voyait à juste titre ses héritiers spirituels.

Il laisse le souvenir d’un homme qui avait la religion du travail et une haute idée des fonctions qu’il assumait, tant au Quai d’Orsay qu’à la Société, mais aussi celui d’un excellent camarade (quand, à Vienne, l’un d’entre nous lui indiqua son souhait d’assister à la finale de la coupe du monde de hockey sur glace, il réussit à trouver des billets, même si ce spectacle était loin de ses préoccupations) tolérant, attentionné et généreux, dont l’amitié nous honorait. Nos pensées affectueuses vont bien sûr à son épouse, Francine et à ses filles Ève et Hélène.

Nous ne résistons pas, pour conclure sur une note plus légère, au plaisir de reprendre la maxime que Georges, paraphrasant Louis Pasteur, affectionnait : « La numismatique est la plus saine et la plus hygiénique des sciences de l’esprit ».

Patrick VILLEMUR et Miche AMANDRY