Compte rendu du 7 janvier 2023 (provisoire)

COMPTE RENDU DE LA SÉANCE DU 07 JANVIER 2023

Présidence : Mme Sylvia Nieto-Pelletier, présidente de la SFN

Membres présents (22) : Mmes et MM. M. Amandry, M. Bompaire, X. Bourbon, Fr. Boursier, A. Clairand, Br. Fischer, G. Gautier, P.-O. Hochard, A. Hostein, Br. Jané, É. Kocharov, C. Morrisson, J. Olivier, É. Ollivier, A. Ronde, L. Schmitt, A. Suspène, B. Turmel, P. Villemur, R. Wack, Fr. Wojan.

Membres présents à la visio-conférence (24) : Mmes et MM. J.-Cl. Bedel, J.-Chr. Bertrand, G. Blanchet, P. Bourrieau, G. Cabaret, L. Calmels, A. Clerc, G. Collin, F. Delrieux, J. Dharmadhikari, A. Draux, J. Françoise, Ph. Ganne, L. Gianazza, N. Lauriol, M.-L. Le Brazidec, D. Leclercq, M. Meguelati, M. Muszynski, Cl. Pinault, P. Requier, A. Ros, M. Troubady, J. Vescovi.

Membres excusé(e)s : Mmes et MM. P. Baubeau, Chr. Charlet, O. Charlet, C. Grandjean, J. Jambu, J.-Cl. Lefeu, Fr. Mayeras, Ph. Théret.

La présidente présente ses vœux de bonne et heureuse année aux membres présents dans la salle Émilie du Châtelet de la BnF-Richelieu ainsi qu’à ceux présents en distanciel.

BSFN

Le procès-verbal de la séance de novembre 2022 (77-9) est soumis au vote de l’assemblée. Il est adopté à l’unanimité.

Élection

Pas d’élection ce mois-ci.

Candidatures

Deux nouvelles candidatures sont présentées à l’assemblée : celle de Mme Cécile Bresc, de Paris (Seine), parrainée par MM. Michel Amandry et Marc Bompaire, et celle de M. Vincenzo La Notte, de Montesilvano (Abruzzes, Italie), parrainée par MM. Hadrien Rambach et Paul-Francis Jacquier.

Annonces

La présidente annonce que l’Assemblé générale ordinaire de la SFN se tiendra le samedi 4 mars prochain (elle se déroulera uniquement en présentiel).

Elle rappelle ensuite que la séance d’avril sera consacrée aux jeunes chercheurs en numismatique. Cette séance est co-organisée avec le Réseau des Jeunes Chercheurs en numismatique. Six propositions de communications sont soumises actuellement au comité scientifique désigné à cet effet.

Elle signale que le 72ème Salon numismatique, prévu l’automne dernier et finalement annulé, se tiendra le samedi 18 mars au réfectoire du couvent des Cordeliers, Paris 6ème.

Elle annonce enfin la parution de la Revue numismatique 2022, un riche volume de 496 pages.

M. Laurent Schmitt présente l’ouvrage de Jean Lacourt, Sesterces des Antonins (96-192). III- Antonin le Pieux (138-161), 2022.

M. Pierre-Olivier Hochard annonce la mise en ligne sur le site Internet de la SFN, des Tables méthodiques 2016-2020 (numéros 71 à 75) et de l’intégralité des BSFN 73 à 75 (années 2018 à 2020).

M. Michel Amandry (avec la participation de Dominique Hollard et Julien Olivier) prend la parole pour annoncer le décès de Dominique Gerin et prononce la nécrologie suivante :

Dominique Gerin (1950-2022)

Entrée au Cabinet des médailles en 1978 après être sortie de l’ENSSIB, elle régna sur ce que l’on appelait alors la salle grecque jusqu’en 2010, en qualité de conservatrice, puis de conservatrice en chef.

Sa candidature à la SFN en avril 1979 avait été parrainée par G. Le Rider et H. Nicolet et elle fut élue membre correspondant en mai 1979. Son élection en qualité de membre titulaire date du 1 mars 1986 (rapporteur D. Nony, parrains M. Amandry et X. Loriot).

Sa bibliographie témoigne de son intérêt aux collections du Cabinet, particulièrement à l’histoire de la collection aux xviie et xviiie siècles, mais aussi pour les dessins, et lithographies que Delacroix fit à partir de moulages de monnaies grecques de la collection du Cabinet, vers 1825. D’autres contributions, comme son étude des statères de la ligue arcadienne ou ses recherches sur les monnaies numides, demeurent fondamentaux.

C’était une femme de tempérament, de convictions, qui pouvait être en conflit avec sa hiérarchie, mais surtout c’était une personne très généreuse, par exemple lorsqu’elle accueillait de nouveaux étudiants. Les mails reçus après son décès de chercheurs français et étrangers témoignent unanimement de la qualité de l’accueil qu’elle leur réservait.

Durant sa retraite, installée à Balaruc les Bains, sur l’étang de Thau, elle acheva le projet de S. Bakhoum de publication de la SNG Alexandrie II (2018).

Son attachement au Cabinet, et à Delacroix, s’est aussi exprimé à travers un don en 2019 d’une lithographie originale de l’artiste (cote 2019.80. Voir le bulletin des acquisitions du Cabinet des médailles, RN, 178, 2021, p. 537). Cette Feuille de six médailles antiques sera exposée pour quatre mois dans le musée de la BnF, en salle Barthélemy, ancienne salle de lecture du département.

Nous garderons toutes et tous de Dominique l’image d’une femme libre, dont la gouaille faisait le bonheur des usagers de la salle grecque, et d’une grande élégance intellectuelle.

Bibliographie

Mémoire

  • Les Impressions lyonnaises d’historiens antiques de langue grecque au XVIe siècle, mémoire de l’École nationale supérieure de bibliothécaires sous la direction de J.-M. Dureau et H.-J. Martin, 1978.

Livres

  • Louis-Félicien-Joseph Caignart de Saulcy (1807-1880), Paris, 1981 (en coll. avec H. Nicolet).
  • Médailliers de la ville de Poitiers (musée et bibliothèque) : Monnaies gauloises (or), monnaies grecques (or et argent), monnaies mérovingiennes (or), monnaies médiévales et modernes (or), Poitiers, 1990 (en coll. avec M. Rérolle, J. Hiernard, M. Amandry, Fr. Thierry et M. Dhénin), plus spécifiquement la section des Monnaies grecques d’or et d’argent, p. 23-38 (en coll. avec M. Amandry).
  • La monnaie grecque, Paris, 2001, p. 41-84 (en coll. avec C. Grandjean, M. Amandry et Fr. de Callataÿ)
  • Sylloge Nummorum Graecorum, France 4, Département des Monnaies, médailles et antiques, Alexandrie II : Hadrien – Antonin le Pieux – nomes, Zurich, 2018 (en coll. avec S. Bakhoum †).

Articles

  • Un tétradrachme de Séleucie du Tigre au nom de Séleucos Ier, BSFN, 36-07, 1981, p. 81-82.
  • Becker et les monnaies bactriennes du Cabinet de France, I. Une lecture erronée de Joseph Pellerin, BSFN, 38-04, 1983, p. 305-309.
  • Becker et les monnaies bactriennes du Cabinet de France, II. Un faux à la puissance deux, BSFN, 38-05, 1983, p. 321-322.
  • La « seconde main » : gravures et faux d’Antigone Doson (fin XVIIe-début XVIIIe siècle), BSFN, 39-07, 1984, p. 517-520.
  • Un faux statère de la Ligue arcadienne coulé au XVIIIe siècle, BSFN, 40-10, décembre 1985, p. 717-721.
  • Illustration de quelques faux de Caprara conservés au Cabinet des médailles et Paris, BSFN, 41-01, 1986, p. 1-4.
  • Les statères de la ligue arcadienne, RSN, 65, 1986, p. 13-31 et pl. 2-5.
  • Le multiple d’or de Romulus de la collection Pellerin, BSFN, 42-01, 1987, p. 136-138.
  • Une trouvaille de quatre fractions d’argent à Porto Heli, GNS, 38, Heft 149, 1988, p. 4-8 (en coll. avec A. Kyrou et P. Requier).
  • Themistocles at Magnesia, NC, 148, 1988, p. 13-20 et pl. 2-3, (en coll. avec H. Cahn).
  • Le monnayage des rois numides : trésors et chronologie relative, BSFN, 44-02, 1989, p. 509-510.
  • Une trouvaille de fractions d’argent à Porto Heli : Addendum, GNS, 39, Heft 156, 1989, p. 81-82 (en coll. avec A. Kyrou et P. Requier).
  • Nudité sacrée, nudité profane : le nu sur les monnaies grecques, Métal pensant, 1989/B, p. 2-7.
  • Monnaies autonomes des cités grecques d’Asie mineure au IIe siècle av. J.-C., Anatolie antique. Fouilles françaises en Turquie, Varia Anatolica, IV/1, Paris-Istanbul, 1989, p. 86-90.
  • Un trésor de monnaies numides trouvé à Cherchel (?) à la fin du XIXe siècle, TM, 11, 1989, p. 9-17.
  • De quelques monnaies de Chypre avant le déchiffrement du syllabaire chypriote: les avatars d’un classement, BSFN, 45-05, 1990, p. 811-817.
  • Vitrine 5, dans Anatolie antique. Fouilles françaises en Turquie. Catalogue de l’exposition. Gypsothèque de l’Université Lumière Lyon II, 23 octobre-23 décembre 1990, Varia Anatolica, 4, Istanbul, 1990, p. 98-102.
  • Voyageurs français au Levant, dans Anatolie antique. Fouilles françaises en Turquie. Catalogue de l’exposition. Gypsothèque de l’Université Lumière Lyon II, 23 octobre-23 décembre 1990, Varia Anatolica, 4, Istanbul, 1990, p. 111-118.
  • Aspects techniques de la fabrication des coins: le cas des oboles aux deux iota (IIIe siècle av. J.-C.) de la seconde Ligue arcadienne [résumé], BSFN 47-04, 1992, p. 297.
  • Faut-il faire tomber les foudres? dans Florilegium Numismaticum. Studia in Honorem U. Westermark edita, Numismatiska Meddelanden XXXVIII, Stockholm, 1992, p. 103-109 (en coll. avec Fr. de Callataÿ).
  • Le comte François Chandon de Briailles (1892-1953) et la numismatique, BSFN, 47/06, 1992, p. 378-380 ;
  • Techniques of die-engraving : some reflections on obols of the Arcadian League in the 3rd century B.C, dans Metallurgy in numismatics, vol. 3, M.M. Archibald, M.R. Cowell (éds.), London, p. 20-25.
  • Le portrait de Joseph Pellerin (1684-1782), Revue de la Bibliothèque nationale de France, 3, 1994, p. 5-11.
  • Les sources des lithographies de « médailles » d’Eugène Delacroix, Nouvelles de lEstampe, 157, 1998, p. 12-22.
  • Le corpus des monnaies d’Alexandre et les travaux qui l’ont suivi (1991-1998), RN, 154, 1999, p. 353-367.
  • Jean-Jacques Barthélemy, Garde du Cabinet du roi ([1745-]1754-1795) et numismate, CIN Compte rendu, 46, 1999, p. 54-63.
  • Monnaies puniques d’Ikosim: un trésor mixte du iie s. av. J.-C. trouvé en 1941 à Alger, dans Numismatique, langues, écritures et arts du livre, spécificité des arts figurés. Actes du VIIe Colloque International réunis dans le cadre du 121e Congrès des Sociétés Historiques et Scientifiques, S. Lancel (éd.), Paris, 1999, p. 27-51 (en coll. avec P. Salama).
  • Un faux statère de Stymphale entré au Cabinet du Roi avant 1685, GNS, 55-57, 2007, p. 3-8.
  • La petite collection alexandrine de Soheir Bakhoum dans Aegyptiaca serta in Soheir Bakhoum memoriam, D. Gerin et al. (éd.),Milan, 2008, p. 21-36
  • Les feuilles de médailles : la prescience de l’Orient, dans Delacroix et l’antique, D. de Font-Réaulx, Paris, 2015, p. 124-137 (en coll. avec J. Olivier).
  • Section « Monnaies » de l’article d’I. Hasselin Rous, C. Huguenot, Offrandes hellénistiques en miniature : le mobilier d’une tombe d’enfant d’Érétrie conservé au musée du Louvre, RA, 63-1, 2017, p. 3-64, spécifiquement p. 37-42.

Édition

  • Aegyptiaca serta in Soheir Bakhoum memoriam, Milan, 2008.

Traduction

  • G. Vikan, J.W. Nesbitt, La clé, le sceau, la balance dans la Byzance médiévale : exposition, Bibliothèque nationale, Cabinet des Médailles, 20 juillet-12 septembre 1982, exposition byzantine organisée par la Menil foundation (Houston, Texas), Paris, 1982.

À cette liste, on ajoutera un grand nombre de comptes rendus d’ouvrage parus dans la REA (3 entre 1987et 1989) et dans la RN (25 entre 1978 et 2006).

Michel Amandry, Julien Olivier et Dominique Hollard

Mme Cécile Morrisson prend ensuite la parole pour annoncer le décès de François Delamarre et prononce la nécrologie suivante :

François Delamare (5 juin 1938-28 décembre 2022)

Dans les années 1980 le concept de pluridisciplinarité n’était pas encore devenu un mot à la mode mais il s’est trouvé alors des personnalités qui l’ont mise en pratique et apporté beaucoup à la numismatique et à bien d’autres domaines par une collaboration étroite des sciences dites « dures » et des sciences humaines.

François Delamare, qui vient de nous quitter le 28 décembre 2022, était l’une de ces personnalités exceptionnelles car il était à la fois « ingénieur », comme le définissent les Data de la BnF, et « savant antiquaire ». L’on peut bien en effet parler de lui dans les termes du XVIIIe siècle, car sa formation d’ingénieur à l’École nationale de Chimie de Lille, se doublait d’une solide culture littéraire (il avait profité en grec ancien du tutorat du byzantiniste José Grosdidier de Matons), d’une connaissance et d’une passion de la botanique apprise de son père médecin issu d’une lignée célèbre d’auteurs de dictionnaires médicaux toujours active de nos jours. C’était un « honnête homme » comme il y en a peu, mû par une inlassable curiosité, ouvert à toutes les collaborations archéologiques et qui répondait toujours aux questions avec méthode.

Son ami Alain Weil, camarade de Janson, ingénieur lui aussi, le convertit d’abord à la collection de billets plus accessibles alors sur le marché. Elle lui donnera l’occasion de pratiquer des études analytiques de leurs couleurs et surtout, lorsqu’il faudra la disperser en 2000, de donner en introduction du catalogue, Une histoire du papier-monnaie français de Louis XIV à nos jours.

Son intérêt pour les couleurs finira par l’emporter dans les dernières décennies de sa vie et donnera lieu, outre de nombreux articles, à plusieurs livres dont le Découvertes de Gallimard sur les Matériaux de la Couleur (1999), écrit en collaboration avec le chimiste Bernard Guineau, qui fut maintes fois réédité et fut traduit en anglais et en japonais. 

Son arrivée au centre de recherches de Sofia Antipolis (Valbonne) en 1976 dans une entité qui deviendra le CEMEF (Centre d’Études de Mise en forme des matériaux) fit de lui un tribologue, spécialiste des problèmes de frottement entre l’outil et le produit fini, méthode ô combien appropriée à l’étude de la frappe monétaire. La présence sur le campus du Centre de Recherches Archéologique amena à des contacts avec Jean-Noël Barrandon et à l’élaboration d’un projet sur « la frappe des monnaies anciennes ». Le cas choisi fut tout naturellement la monnaie d’or byzantine dont le Centre Ernest-Babelon étudiait la composition, ce qui donna lieu à la publication du Cahier Ernest-Babelon 2 L’or monnayé I De Rome à Byzance (1985) et déboucha aussi sur l’article fondateur de la RN 1984 que Delamare écrivit avec Pierre Montmitonnet et moi-même. Il y modélisait les conditions de la frappe (déformation, contraintes d’écoulement et surtout énergie nécessaire) et mit en lumière les changements destinés à économiser celle-ci en fonction des changements de composition. Chemin faisant, il découvrit l’origine technique de la concavité des monnaies d’or du xie siècle, une démonstration répétée au congrès de Londres de 1984 (Metallurgy in Numismatics 2, 1988) et encore dans la Revue belge de numismatique de 1999, dédiée à Tony Hacken, dans l’espoir de parvenir à convaincre les tenants de théories plus intuitives que fondées des raisons initiales de ce choix.

Dans cette même ligne il avait étudié avec Françoise Michaux Van der Mersch dans la Revue belge de numismatique de 1988 la transformation des monnayages archaïques d’Égine, en pratiquant des simulations sur pâte à modeler et il mit en évidence deux transformations marquantes : l’adoption du coin de revers à la place du poinçon vers le début du Ve siècle avant J.-C. puis, plus tard, de la forme cylindrique du flan qui permet une nouvelle économie d’énergie. Il démontra enfin que la frappe à chaud est peu probable, mettant à bas une idée assez répandue.

Le temps et l’envie lui ont manqué pour étudier l’usure des coins comme le lui avait demandé Alain Weil, mais il nous a laissé une monographie fondatrice sur Le frai et ses lois (Cahier Ernest-Babelon 5, 1999, 224 pages et 151 figures) qu’il faut lire et relire pour y trouver à la fois les lois physiques, les données statistiques[1] et des diagrammes appliquant ces résultats à des trésors offrant des données pondérales chronologiques. Ce traceur lui permet d’approcher la vitesse de circulation comparée de la monnaie d’or (celle du napoléon se révèle ainsi de l’ordre du double de celle de l’aureus du IIe siècle).

L’œuvre de Delamare est une contribution exceptionnelle par l’importance de ses résultats qu’il est temps pour les numismates d’intégrer pleinement dans leur syllabus.

Cécile Morrisson

La présidente annonce également le décès de M. Christian Morrisson, dont les obsèques ont eu lieu le 13 décembre dernier en l’église de Ville-d’Avray.

Communications

MM. Laurent Schmitt, Georges Gautier, Arnaud Clairand (avec Christian Charlet) et Xavier Bourbon prononcent tour à tour leur communication. À l’issue de celles-ci, la présidente remercie l’assemblée et les orateurs, déclare la séance close et donne rendez-vous à nos membres pour la séance ordinaire du 4 février prochain.


[1] Il confirme ici les résultats des études menées par son arrière-grand-père Alfred Riche, professeur agrégé de pharmacie, Essayeur de la Monnaie de Paris et membre de l’Institut.